ASSUMER L'AFRIQUE

Apprendre à exister.

De la morale politique

 

 à madame Maryvonne Bonnard

 

Photographie de Médrid Barrincio

 

Dès lors qu’on cherche à faire plutôt qu’à être, le désintéressement devient notre seule source d’inspiration. On peut tendre la main à n’importe qui et partager toutes les tribunes, car nous savons que nous ne risquons rien si ce n’est de paraître trop grands aux yeux des hommes. Il y a de la place pour tous dans le chantier du bien.

 

Il faut certes de la prudence avant toute action, mais cette première ne doit pas avoir les allures d’une manœuvre. Car ce type de calcul conduit forcément au cynisme. Le cynisme est le fait de voir une situation se dégrader : en ne faisant rien ou en faisant mollement.

 

Il est vrai que laisser son adversaire, son ennemi, périr de son propre fait est moins encombrant qu’être son persécuteur. Mais les deux demeurent un mal pour qui n’oublie pas que ce même adversaire, ce même ennemi, fait partie de ceux qu’il est censé servir.

 

Évidemment, dans une classe politique chaque Homme demeure responsable de ses agissements. Et les mauvais agissements d’un camp profitent toujours à l’autre. Mais sachons qu’il est dans l’intérêt de ladite classe que tous ses membres soient exemplaires. Car celle-ci jouira de la créance de la population qui en éprouve les effets grâce à l’amélioration sensible de ses conditions d’existence. Quand la politique ne suscite aucune exigence, bienheureux ceux qui ne s’y essayent pas. Tous ceux qui voient en elle une aubaine sont pires que des criminels.

 

Être le mieux élu est une joie inopportune. La seule source de satisfaction d’un Homme politique est le bilan. De combien s’est-il investi ? Qu’a-t-il résolu ? Innové ? Détérioré ? Dans les logiques partisanes, tout le monde peut tricher avec ce bilan. Sauf lui. Lui sait ce que vaut son travail avant même que la population ne donne son verdict.

 

Si c’est seulement l’avis de cette dernière qui lui importe, au point d’accéder à ses félicitations même quand il sait qu’il ne les mérite pas, alors disons que le départ de celui-ci, volontaire ou forcé — par les urnes —, ne saurait être que soulagement.

 

Ainsi sont quelques réflexions qu’a amorcées en moi la lecture de sieur Jaurès que je salue humblement. Pas encore idéologiquement.

 

 

 

 

 

 

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

 

 

 

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