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Apprendre à exister.

Góor-góorlul : De la constance de l’effort

 

Les conseils les plus fréquents sont les plus imprécis dans leurs contenus. Différentes bouches les prodiguent dans différentes circonstances. A force de les avoir entendus, certaines oreilles en sont devenues insensibles. Quant à d’autres, elles se redressent toujours lorsqu’on les rappelle.

 

Góor-góorlul est de ces conseils. Ce mot modeste peut être le seul prononcé le long d’une conversation ; durant un au revoir ou un adieu. Il est mot de réconfort et d’encouragement, lequel n’est pas seulement chargé de résilience. Góor-góorlul : c’est résister ; c’est faire mieux qu’à présent ; c’est se dépasser. Góor-góorlul : c’est tuer la passivité dans soi ; demeurer éveillé et marcher ferme vers ces aires qui suscitent nos espérances. Góor-góorlu: c’est la force des âmes qui ne veulent pas se mettre à genou ; et par là la dignité des Peuples qui l’appliquent.

 

Il faut dire Góor-góorlul à celui que ronge le désespoir ; et qui croupit sous le poids de l’incertitude. Très souvent, il accuse la vie d’acharnement ; pleure quand personne ne le voit et plie le cou quand les autres sont là. C’est là un Homme pris sous sa propre torture, et dont l’état, de jour en jour, risque de se dégrader. La vérité est que, quelque douloureuse soit la vie, il faut se défendre de fuir devant elle. Un Homme à qui il reste un souffle de vie a toujours un dernier mot à dire. Tant qu’Il nous Accorde d’être là, Le Bon Dieu ne nous Doit plus rien : l’esprit, les membres et la bouche que nous possédons restent des outils à notre disposition pour nous affranchir de nos peurs et de nos tristesses. Celui qui désavoue son esprit, ses membres et sa bouche renonce à retrouver son sourire. Abandonner, ce n’est pas seulement honteux : c’est aussi suicidaire.

 

Et n’abandonne pas seulement celui qui est désespéré. Certaines âmes fragiles devant le succès s’émiettent tout aussi facilement. Le sentiment d’autosatisfaction corrompt l’esprit et le corps, puis les mène à des années derrière, ce temps où on doit tout réapprendre. Cette déchéance est d’autant plus grave qu’on retrouve dans pareils individus la puanteur d’une vieille plaie nommée vanité. Quand le succès a une dimension tout à fait égoïste ; quand le désir d’être admiré l’emporte sur la volonté d’être utile ; quand on n’a pas honte de revendiquer son mérite alors qu’il reste encore du travail à faire : alors, simplement, on appartient à cette espèce sans élégance. Espèce, certes, intelligente, mais ingrate : elle lui suffirait de se rappeler qu’un Homme ne s’est jamais construit sur son seul mérite. Si chacun de ceux qui l’ont éduqué enlevait ce qu’il lui a apporté, je crains qu’il ne reste plus quelque chose de solide en cet Homme-là. Le désir de réussir doit être permanent et serviable. C’est ce qui fait sa santé.

 

La permanence de ce désir convoque un dernier point très souvent négligé : l’économie du temps. La jeunesse est parfois conçue comme l’âge des errances. Il existe une sorte d’autorisation voire d’incitation de la jeunesse à commettre des erreurs, pour « pouvoir grandir », semble-t-il. Faut-il nécessairement passer par des erreurs pour savoir qu’elles sont nocives et les éviter ? Je ne le crois pas. Aussi, pour en avoir commis quelques-unes, je puis dire que ces erreurs ne valent pas la peine qu’on se donne de les commettre. Non seulement elles ne procurent aucune gloire, mais nous prennent beaucoup de temps : le temps pour les commettre, et surtout, le temps pour les corriger. Temps qui aurait pu servir à s’aiguiser l’esprit et à s’adresser à des questions aux enjeux plus vitaux : celles sur son propre avenir ; et celles sur le concours que chaque individu a à apporter à la prospérité de la Patrie.

 

Une telle vie semblerait trop sérieuse. Malheureusement, ceux qui la jugent ainsi sont les mêmes qui se disent surpris, au soir de leurs vies, de n’avoir que peu réalisé de leurs vœux d’antan. Le temps n’attend personne et on ne sait quand il emportera l’individu avec lui. Être jeune n’exempte en rien de cultiver son champ afin que l’heure de la moisson venue, il puisse nourrir plus que soi. Et même si cette heure ne trouvait pas l’individu parmi les vivants, que la moisson puisse revenir à ceux qui seraient encore là.

 

Ceux sont-là trois d’entre les enseignements que rappelle Góor-góorlul. Chaque instant qu’on omet de les entendre nous retarde dans notre marche vers le salut. Ce salut, parce qu’on le forge dans le présent et qu’il sollicite l’effort de tous, promet de récompenser les sacrifices de ceux qui nous ont devancés, tout en montrant à ceux qui nous succèderont la voie à emprunter.

 

Quant à l’auteur de ces lignes qui vous exhorte à l’effort, recevez de lui le serment de se lever avec les premiers s’engageant dans l’ouvrage et d’être parmi les derniers à réclamer quelque repos.

 

 

 

 

 

 

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

 

 

 

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