ASSUMER L'AFRIQUE

Apprendre à exister.

L'étoile filante

à Aminata Sall,

Fille disparue de mon ami Lamtoro.

 

Nulle mort n'est précoce; toutes les morts font mal quelque part. Mais il est des morts plus que d'autres que nos sentiments d'Hommes auraient bien voulu retarder d'une seconde, d'une minute, d'un siècle, d'une infinité de temps. Parmi ces morts, la mort de ces Enfants qui entrent dans la tombe aussitôt qu'ils sortent du ventre; ces voyageurs en hâte sur leurs chemins qui disent aussitôt qu'ils arrivent qu'ils ne sont point destinés à rester. On les aura attendus neuf mois, pour les voir à peine. Ils doivent partir; ils s'en vont.

 

Pourtant, leurs visites ont beau être brèves, elles restent marquées par ces Bonheurs inhabituels, si profonds et si éternels, qui nous font réaliser que ces Êtres-là, vraiment, n'avaient leurs places que dans l'Au-delà. On se souvient de leurs premiers cris, aigus, mais pondérés; de leurs petits corps, beaux et attachants; de leurs sourires maternés dans le sommeil et si doux dans le cœur de leurs Parents.

 

Chacun de ces Enfants ressemble à un trésor, aussi brillant que trente pleines lunes et prompt à illuminer tous ceux qui posent leurs yeux sur eux ou qui les prennent de les bras de cette gaité singulière qu'ils nous font le privilège de goûter. Ils tiennent ce pouvoir d'émerveillement de leur nature presque angélique. Comme les Anges, ces Enfants doivent se faire invisibles sur cette Terre pour mieux la protéger avec ses Hommes. Ils doivent se faire les Gardiens de leurs Parents qu'ils laissent derrière eux, dans un digne chagrin. Ils doivent se faire les précurseurs de leurs Cadets qu'on prie nombreux et à qui certainement la Terre saura mieux convenir.

 

Aminata, Petite de Lamtoro, tu auras été de ces oiseaux sur le départ qu'un Excellent Décret aura retenu auprès de nous jusqu'à ce que tu possédasses un prénom avant de te laisser partir. Merci de cette courtoisie de plus. Heureusement, avec tout le Bonheur que tu auras procuré, on ne t'aura pas laissée retourner les serres vides. Ton prénom dira ton parcours; l'Amour de tes Parents t'élèvera dans les Cieux et d'ici, nos Prières te parviendront !

 

Veuille ne pas cesser de veiller sur tes Parents, même quand arriveront tes Cadets. Réconforte-les et adoucis leur ton absence, en leur rappelant que tu ne crains rien là où tu te trouves. Quant à moi, autorise-toi des irruptions dans mon esprit, comme en ce Vendredi matin où tout s'est mis à me dire que je devais t'écrire.

Porte-toi bien et cherche, s'il te plaît, à faire la connaissance de Nafissatou, ma Nièce inconnue, pour que vous deveniez Amies et afin que tu lui transmettes mes salutations dévouées.

 

 

 

 

 

 

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

Diourbel, 19 août 2016  

 

                                                                                                                         

 

Image : Photo de Sébastien Mamessier

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