ASSUMER L'AFRIQUE

Apprendre à exister.

Jeunesse au pilori, Debout

Jeunesses « immatures », jeunesses instrumentalisées; jeunesses subalternes, jeunesses à la traîne, si les pratiques de vos aînés vous enjoignent de vous méfier de la politique, alors, l'heure a bien sonné pour vous d'apprendre à faire de la politique. Nullement vous êtes tenues de marcher dans leurs traces, sauf si vous-mêmes êtes décidées à être comme eux.

 

Soeurs et Frères jeunes au milieu de la vie,

Faisons qu'ils cessent de nous encourager au rêve; de nous faire des promesses et de nous dorloter. Ils disent que nous sommes l'espoir de demain, mais ils sont les derniers à croire à cet avenir. Ils disent qu'ils auront tout sacrifié pour nous, alors que quand les contrats sont signés en notre nom, seuls leurs intérêts sont décideurs. Ils nous exhortent à patienter; c'est le piège où ils nous ensevelissent. Croire en eux, on aurait préféré; mais le faire aujourd'hui est danger manifeste.

En politique, ils nous courtisent, pour faire de nous un bétail électoral. Nos méninges ils ne sollicitent guère; c'est notre nombre qui les intéresse. De nos idées ils ne veulent rien savoir, car imbus de leurs âges, ils moquent déjà notre supposée immaturité. Aux mandats du Peuple ils nous défendent de postuler, en posant des seuils d'âge ou en nous bousculant dans les partis. Ils nous aiment bien en subalternes, mais ne font rien pour prouver leur légitimité. Ils disent que tout n'est pas aussi facile qu'on le pense, mais ils craignent de nous laisser nous essayer. En vrai, ils ne veulent pas avoir à admettre leurs grosses limites.

Ne les suivons pas, ou ils nous mèneront à l'abattoir. Ceux qui ne peuvent pas nous garantir une éducation de qualité ou protéger notre santé, n'auront évidemment aucune idée de comment nous créer des emplois. Ceux qui nous laissent nous jeter dans les pirogues, à défaut d'avoir mieux à nous proposer, assisteront également au spectacle tragique de notre meurtre collectif, sans s'émouvoir un seul instant. Leur donner le pouvoir de nous asservir, c'est leur donner nos voix quand ils ne nous ont rien dit de clair. Nous suicider inutilement, c'est défendre leurs mensonges jusqu'à nous battre dans la rue.

Alors, nous abstenir de la politique, serait-ce la voie du Salut ? Il faut bien être naïf pour croire que l'inaction fera bouger les choses. Non Jeunesse, la politique est un pilier de notre vie : sur notre sécurité, notre santé, notre éducation, notre prospérité, elle influe; cela est sûr. S'engager dans la politique, c'est donc se protéger; c'est veiller au bonheur de tout un chacun. Une mission aussi délicate, il ne faut la confier à personne et s'en aller dormir. À défaut d'avoir l'âge et les moyens de l'accomplir soi-même, il faut la confier sans complaisance aux meilleurs des Citoyens et se montrer exigeants et fermes à leur égard. Il faut les aimer pour leurs bienfaits, les mépriser pour leurs abus.

S'ils se montrent indifférents à nos maux; s'ils pratiquent les reniements; s'ils se remplissent les poches et déséquilibrent la justice, alors, il devient obligatoire de les empêcher à accéder au Pouvoir; il nous devient obligatoire de nous éduquer, par les sciences et la discipline, pour devenir leur complet inverse !

Jeunesse, sachons formuler nos attentes; sachons les exprimer tout haut et battons-nous à les rendre concrètes. Resignés ou serviles, personne ne le fera à notre place. Du bien-être de nos Peuples, nous sommes fort responsables et nous n'avons rien à craindre si dès à présent nous nous attelons à être les exemplaires Gouvernants que nos aînés n'ont su être. 

 

                                                                                                     Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

Diourbel, le 26 avril 2017

 

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