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Apprendre à exister.

La Femme en caractères

 

 

En ces temps où les discours féministes fleurissent, en ces temps où encore des injustices les femmes subissent, en ce moment où les enfants grandissent, je me suis ouvert à mes petites soeurs pour les encourager à devenir des Femmes de caractère. Elles sont celles qui se construisent; celles qui ont de l'ambition; celles qui se prennent en main; celles qui ne se négligent point.

 

Mame Anta, Mame Diarra, mes bien-aimées petites soeurs,

Vous n'avez que treize ans; vous avez déjà treize ans. Votre adolescence est bien lancée et à distinguer l'excellence de la médiocrité, le bien du mal, vous êtes déjà capables, même s'il vous reste beaucoup à apprendre.

Vous accompagner dans cet apprentissage est mon rôle naturel de grand-frère. Je ne me destine pas à être votre directeur de conscience, ni une ombre aboyante commentant vos moindres faits et gestes, mais bien un conseil, une voix pour étouffer vos peurs, une oreille pour recueillir vos idées, une lumière pour éclairer vos itinéraires, un esprit pour se joindre aux vôtres.

Je veux tellement que vous soyez irréprochables que tout en vous soit source d'inspiration. Je veux vous voir prendre en main votre vie, dessiner les facettes de votre personnalité, incarner vos idéaux et...devenir Femmes.

Mes petites soeurs, heureuses jumelles,

Je suis sûr que vous commencerez très bientôt à vous interroger sur la signification d'être Femme. Qui est-ce, cette Femme ? Notre mère, l'amie de notre mère, la voisine, nos soeurs ? Ou serait-elle celle que vous rencontrez dans la rue, celle que vous découvrez — et qu'il vous arrive d'imiter — à la télévision ? Celle qui se bat pour ses droits et pour un mieux-vivre entre les sexes ou celle qui, par sa conception du féminisme, croit qu'exhiber sa nudité est audace et non pas un manque de pudeur ? Qui peut-elle bien être, cette Femme ?

Ne soyez aucune de ces Femmes; cherchez plutôt à être une synthèse de ce qu'il y a de meilleur en chacune d'entre elles.

De notre mère, vous tiendrez de solides vertus. Entraînez-vous à les acquérir, tout en conjurant le sort qui fut le sien : celui d'avoir vu sa scolarité interrompue, parce que notre respectable grand-père avait décidé qu'elle restât à la maison, pour aider sa tante et s'occuper de ses frères et soeurs. Pour vous-mêmes et pour vous venger de ce sort, vos cahiers et livres doivent être aussi précieux que votre propre vie. Il n'y a que dans la quête de la science que je vous recommande la gourmandise. Donnez à votre formation votre temps, tout votre temps; faîtes que la réflexion devienne votre loisir et l'obtention d'excellents résultats, votre satisfaction première. Méfiez-vous des Femmes qui pensent que trouver un mari est la fin de leurs soucis; elles croient qu'elles n'ont qu'à se faire belles et coquettes, puis être prises en charge le reste de leurs jours. Peu importent les patrimoines de vos futurs époux, vous devez être en mesure, mes adorables soeurs, par la force et la dignité de votre sueur, de constituer les vôtres. Travaillez donc, et ambitionnez de grandes choses.

La société, c'est dans sa nature, cherchera à vous imposer des modèles de féminité. Accordez-vous du recul en tout et tenez à vos positions bien mûries. Telle tante vous dira de ne pas faire les sottes en voulant mener vos études à leur terme : riez poliment et bouchez-vous les oreilles. Tel homme vous jurera que l'Islam vous exige l'obéissance inconditionnelle : renseignez-vous chez l'Imam, il vous dira qu'il s'agit d'un ignare. Certaines amies vous inviteront à faire les yeux doux aux garçons, à fuguer pour goûter aux « plaisirs de la jeunesse », à répondre aux doléances des dragueurs funestes, à vous blanchir la peau ou vous massacrer le visage avec toutes sortes d'horreurs et d'excès ( maquillages extravagants, cheveux coloriés ou dits naturels...), à vous habiller en coupons pour soi-disant mettre votre corps en valeur : de ces amies-là, séparez-vous. Le corps de la Femme n'est ni objet d'attraction ou de marchandisation, ni instrument politique, ni ce qui doit résumer votre existence. Votre caractère a la priorité, il doit avoir le dessus : faîtes qu'on vous respecte par vos vertus et vos idées. Faîtes qu'on vous aime pour l'estime que vous avez de vos personnes, de chaque membre de votre corps et vos nobles orientations dans cette vie. C'est cela que doit refuser une Femme : être l'ombre de son corps.

Enfin, mes bien-aimées, dans cette existence de dignité et de succès que je vous souhaite auprès d'autres Hommes, laissez-moi vous prévenir de deux dangers. Le premier est que votre quête d'une place honorable dans la société ne soit aboutie, parce que vous vous serez découragées en cours de route, parce que vous aurez perdu de l'élan et que, fatalistes, vous aurez décidé d'embrasser la victimisation et de devenir la propriété d'autrui. Votre dignité vaut cher, ne la sacrifiez pas : ne la cédez à personne. Pour la préserver, battez toujours : vous serez récompensées. Mais prière, mes jumelles, ne vous trompez de combat; ne vous laissez pas emporter par la contestation systématique; ne soupçonnez pas le moindre propos, chaque institution, de sexisme. Des règles, il y en aura dans toutes les vies : avant de les blâmer, comprenez-les d'abord. À défaut, vous serez en colère contre tous, car rien ne vous conviendra. Je ne vous dis pas de vous soumettre, ni de vous conformer docilement, mais de savoir dire non, sans imitation et avec mesure.

Je me tais à présent, et vous laisse grandir.





                                                                                                                                       Diourbel, 29/04/2017.

 

Image : Banque d'images 
 

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