ASSUMER L'AFRIQUE

Apprendre à exister.

Pour qui nous prenez-vous, Monsieur ?

 

Monsieur le Président des Français,

 

Vous avez osé convoquer cinq de vos homologues Africains à venir s’expliquer. Vous avez jugé qu’il vous fallait montrer ferme : en les sommant de venir vous répondre comme s’ils étaient vos subordonnés.

 

S’exécuteront-ils ? Tout dépendra de leur force de caractère et de la dignité qu’ils accordent à leur fonction.

 

En attendant qu’ils agissent, permettez-moi de faire part, en ma qualité de citoyen d’Afrique, de tout le mépris que m’inspire votre posture impérialiste.

 

L’Afrique, Monsieur Macron, n’est une propriété de votre pays. Vous n’êtes pas, et ne le serez jamais, celui qui décide de notre avenir. Nos chefs d’État ne sont pas vos préfets, peu importe qu’eux-mêmes en soient conscients ou non.

 

Vos ordres que vous leur transmettez n’engagent qu’eux. Et ils seront indignes de nous autres citoyens tant qu’ils ne se hisseront pas à votre hauteur, pour vous dire droit dans les yeux, que nous en avons assez que vous vous preniez pour nos maîtres.

 

Vous vous plaignez de la multiplication de mouvements anti-français en Afrique. Depuis quand un citoyen n’a-t-il plus le droit de dire tout le mal qu’il pense de la présence de vos militaires sur notre sol ? Retirez-les quand vous le voudrez : je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent leur maintien.

 

Aussi, comment combattre un désamour en ne faisant aucun effort pour vous faire aimer ? Tantôt c’est vous qui vous mêlez de notre natalité, tantôt c’est vous qui enjoignez votre homologue à réparer un climatiseur, tantôt c’est vous qui voulez prouver que vous tenez nos dirigeants par le col. Cette volonté de hausser le ton à l’extérieur se comprend : vous êtes à l’intérieur affaibli par les contestations sociales gigantesques de vos concitoyens.

 

Mais il est temps, Monsieur le Président, que vous compreniez que l’Afrique n’est pas votre souffre-douleur, votre zone de repli, votre pré-carré. Le mensonge a depuis toujours inspiré nos relations. On a osé parler d’amitié privilégiée, là où n’a existé que de la prédation. On a osé parler de sacrifices de sang, là où nos propres morts ne sont toujours pas reconnus. On a osé parler de partenariats gagnant-gagnant, là où vos entreprises sont les seules à s’en réjouir.

 

Les personnes que vous représentez, Monsieur Macron, n’ont pas un besoin de dignité et de prospérité plus grand le nôtre. Ce sont des êtres humains, et nous aussi ! Les sacrifices de vos devanciers pour vous bâtir une nation forte ne sont pas plus grands que ceux consentis par nos propres devanciers : nous ne saurons donc vous laisser nous prendre pour vos sujets.

 

Nous exigeons de vous du respect. Autrement, soyez sûr que tout ce que vous direz ou ferez ne nous intéressera jamais.

 

Quant à nos Présidents à nous, ils ne doivent jamais transiger sur notre dignité de citoyens et sur celle de tous les femmes et hommes qui ont péri pour bâtir notre Afrique. Et si nos dirigeants doivent s’humilier parce qu’ils ont un quelconque besoin de la France, alors notre Afrique ne mérite même pas d’exister.

 

Or, l’Afrique est immortelle. Eux ne doivent donc point se ridiculiser.

 

 

 

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

Paris, le 7 décembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

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