ASSUMER L'AFRIQUE

Apprendre à exister.

Swatche

 

 

Péjorativement appelée la Venus Noire ou Vénus Hottentote, Swatche est née en Afrique du Sud en 1789, année de proclamation de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

 

Esclave d’un fermier hollandais du nom de Peter Cezar, Swatche est remise à Hendrick Cezar (frère de Peter) et à Alexander Dunlop, un chirurgien de la marine anglaise, qui l’emmènent en 1810 en Angleterre pour en faire un sujet de zoo humain.

 

Dénudée, exhibée dans une cage jusqu’à dix heures par jour, Swatche a été livrée aux attouchements et moqueries du public anglais venu satisfaire sa curiosité sur celle dont les rondeurs obsédaient autant qu’elles nourrissaient les pseudo-théories scientifiques les plus racistes du monde occidental (comme l’hypersexualité des Noires).

 

Vendue ensuite à Henry Taylor, Swatche a été examinée par des zoologues dans les jardins du Roi à Paris en 1815, avant d’être revendue à un ancien dresseur d’animaux du nom de Réaux.

 

La jeune dame de 25 ans est morte à Paris le 29 décembre 1815, dans la misère et la fatigue, après avoir été détruite par l’alcool sous l’emprise duquel Hendrick Cezar et ses successeurs l’avaient placée.

 

Son cadavre a été disséqué par l’anatomiste Goerges Cuvier (1769-1862) qui considérait les Khois et les San d’Afrique du Sud comme plus proches des singes orangs-outans que des Hommes. L’étude sur Swatche a été publiée dans l’Histoire Naturelle des Mammifères qui portait seulement sur les animaux.

 

Le bocal contenant les organes génitaux de Swatche a été exposé au Musée de l’Homme de Paris jusqu’en 1974.

 

Après un refus acharné de ses autorités politiques et scientifiques, sous le couvert de l’inaliénabilité des collections publiques, la France finit par restituer en mars 2002, les restes de Swatche à l’Afrique du Sud.

 

Après avoir été purifiée, la dépouille de Swatche a été incinérée dans son village natal selon les rites traditionnels en présence du Président Thabo Mbeki.  C’était le 9 août 2002.

 

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

 

 

Pour aller plus loin :

 

Diana Ferrus, A poem for Sarah Bartman, 1998

Gérard Badou, L’Énigme de la Vénus hottente, 2000

Zola Maseko, On l’appelait la Vénus Hottentote, 1998 (documentaire)

Zola Maseko, Le retour de Sarah Baartman, 2003 (documentaire)

Abdellatif Kechiche, Vénus noire, 2009 (film)

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