ASSUMER L'AFRIQUE

Apprendre à exister.

Sortir du paternalisme

 

Photographie de Robert Anthony Carbone 

Les protectorats signés à partir de 1838 par les royaumes africains ont été le début de notre descente aux enfers. Ils ont livré notre Continent à des États étrangers sortis de nulle part, venus se prétendre garants et arbitres entre nous-mêmes Africains.

 

Il n’a pas été mis un terme à ces protectorats, ayant aujourd’hui pris la forme de « partenariats privilégiés » essentiellement avec les anciens colonisateurs.

 

Des États comme la Chine, les États-Unis, le Canada, la Turquie, et d’autres de taille économique moindre se revendiquent également de ces « partenariats » avec l’Afrique, poussés par le même féroce appétit d’exploiter impitoyablement ce Continent qui ne les intéresse que par ses richesses.

 

Leur arrivée sur le Continent est souvent applaudie : d’aucuns estimant qu’elle permet d’y réduire l’influence ancrée de l’Angleterre et de la France. Autrement dit, la présence de nouveaux « partenaires » suscitera de la concurrence entre les « partenaires » de l’Afrique qui, par ricochet, sera moins exploitée que d’habitude.

 

L’arrimage de tout un Continent à de simples Pays ainsi que cette quête constante de nouveaux tuteurs ont beau être présentés comme du bon sens géopolitique, ils sont avant tout une pathologie.

 

Ils trahissent le fatalisme abject consistant à croire que l’Afrique ne peut jamais s’en sortir sans l’aide, le parrainage, la subordination à un tiers. Ils contredisent les principes d’autodétermination et de souveraineté pour lesquels les revendicateurs de notre Indépendance se sont battus. Ils mettent en cause notre volonté d’être libres, car nous semblons plus préoccupés à avoir de nouveaux maîtres que nous ne sommes indignés à l’idée tout court d’avoir des maîtres.

 

Le défaut de nous concevoir et de nous affirmer comme des États à part entière est la porte ouverte à tous nos manquements, humiliations et frustrations. Il fait que notre existence politique est hautement fictive, fondus que nous sommes dans des États tiers. Nos choix, nos valeurs, nos agendas, sont importés ; et le meilleur avantage que nous puissions tirer de ces rapports de subordination sont des concessions symboliques qui perpétuent notre exploitation.

 

Dans cette logique, le franc CFA disparaîtra bien un jour, mais après nous avoir coûté la peau des fesses et après avoir été substitué par un autre mécanisme prédateur. Ce ne sera qu’à ce moment que nos « amis » avoueront, dans un faux élan de repentir, que cette monnaie a été une injustice aberrante.

 

Aucun des Pays qui nous convoite n’est notre ami, et leurs présidents qui déclarent leur amour à l’Afrique savent déjà comment la trahir. La naïveté la plus suicidaire est de croire que notre bien-être viendra d’eux. La méfiance à l’égard de tous est indispensable ; et elle n’est pas suffisante : nous devons refuser d’exister à travers qui que ce soit.

 

L’existence de l’Afrique est antérieure au 15ème siècle, et se poursuivra quoi qu’il en soit. Elle ne sera jamais épanouie tant que nous attendrons notre salut d’ailleurs ; tant que nous l’attendrons de Pays, de personnes comme nous. Laisser un Pays nous dicter nos politiques économiques ou législatives, nos positions à l’échelle internationale, éteint la raison d’être de nos États et questionne notre valeur en tant que Population.

 

Qui sommes-nous pour laisser des États étrangers décider de notre sort ?

 

 

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye

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